Parce que le rire est la plus courte distance entre deux personnes

Le 27 mai, après deux jours à Jama et 4 représentations, Gabi de Sao Paolo nous rejoint après un voyage interminable en avion jusque Guayaquil puis en voiture avec notre bienfaiteur Javier, jusque Jama. Ça y est, nous sommes au complet et le 28 mai nous en profitons pour avoir une journée de répétitions et repos, rencontre artistique et humaine.

Les jours qui suivent sont remplis d’émotions, de sourires, de regards méfiants et fatigués qui s’illuminent en partageant notre bêtise de clowns, celle de la liberté d’être bête, de rire de ses faiblesses. Des kilomètres de route aussi, route encore “déchirée” par endroit. Javier est aux commandes, et devient peu à peu notre technicien général du spectacle avec sa grande générosité et parfois sa maladresse pour trop vouloir bien faire.

Notre spectacle parle de 4 étrangers, Pepinillo, une chanteuse new yorkaise qui embaume l’air équatorien de son accent et sa joie de partager irrésistible, Patacona, une brésilienne au cœur débordant qui ne tient pas en place et parfois ni sur ses jambes, Jupiter, un mexicain expert en slap stick et planche à laver musicale tunée et Désiré, un français étonnamment délicat avec le parfum de ses fleurs à offrir aux petits nez des enfants de Jama, remplis de la poussière des maisons chaque jour détruites car inhabitables. Four clowns stand and play instruments to a large group of children on a dirt road in a damaged part of Ecuador.
Ces extravertis professionnels se retrouvent sur scène pour offrir leur musique, leur connerie et leurs trucs, pour inviter ces enfants, femmes et hommes, à rire de notre fragilité et à renforcer notre humanisme et notre altruisme, car c’est ensemble que le monde se crée et se recrée.
Des volontaires sont choisis dans le public : pour une petite parade d’amour entre une abeille et un porteur de fleur, pour apprendre à danser et se parer de couleurs éclatantes avec Patacona, pour recevoir une chanson personnalisée hilarante de Pepinillo, pour courageusement se poster entre les massues jonglées qui dans leur vol quitteront une casquette placée dans ses dents, et enfin pour montrer que même quand des sièges sur lequels nous sommes assis se dérobent, il est possible de prendre appui sur les autres pour ne pas tomber et résister car quand le matériel fait défaut, nous pouvons compté sur l’humain.

De l’entraide entre les habitants de la région de Manabí, il y en a, et dans notre belle oeuvre, nous rencontrons de nombreuses personnes qui travaillent à la reconstruction matérielle comme psychologique.
Dans la région d’Esmeraldas, plus pauvre, frappée fortement par le séisme aussi, je peux sentir à Chamanga oú nous jouons notre spectacle, comment les familles semblent démunies et le regard terne des enfants, qui recoivent leur riz “vitaminé” humanitaire sous le soleil tapant de midi, est parfois dificile à illuminer. Cette région plus pauvre et moins médiatisée pour le séisme, aura, je crois, beaucoup de mal à s’en remettre.

Aussi, je me sens triste le jour où nous participons à une fête des enfants et je me rends compte qu’il n’y a pas d’eau à distribuer aux enfants assoifès sinon des sodas infects saturés en sucre et arômes artificiels. Parfois, j’ai l’impression que la distribution de ces produits industriels alimentaires ou pharmaceutiques, que les habitants ne pourront pas se payer une fois la période d’aide humanitaire terminée, révèle les limites de notre société de consommation qui ne sait proposer des solutions plus loin que sur le court terme. Nous, clowns sans frontières, ne dérogeons pas à cette régle et nous resterons un souvenir dans la tête des équatoriens, un souvenir qui les aidera à aller de l’avant et à se reconstruire dans la solidarité et le partage je l’espère

Aussi, quand l’aide humanitaire s’organise pour offrir un camp de “réfugiés” pour tout ceux qui n’ont plus de maison, la vie quotidienne de ces personnes est bouleversée. Le camp est entouré d’un grillage infranchissable, il y a beaucoup de règles de vie commune et beaucoup de militaires et policiers pour les faire respecter, il est interdit de jeter un papier par terre pour des enfants qui n’avaient peut être pas de poubelles dans leur ancienne maison et à qui on donne chaque jour des sachets remplis de biscuits et autres chips, des bouteilles plastiques de sodas. Serait-ce l’occasion de faire de l’éducation à l’environnement ? Sûrement mais aujourd’hui ce n’est pas une priorité. Je remarque alors et ressens, que les populations, qui ont pu rester dans leur maison ou planter une tente sur leur terrain et ainsi garder un tissu social avec leur voisins, semblent plus fortes et stables psychologiquement pour se relever de ce drame.Looking inside the camp, past the tall fence, is a refugee camp with long rows of white, sterile shelters.

Enfin, la détermination, la générosité et l’altruisme que nous avons rencontré chez Javier, ou encore Daniel, étudiant pour être prof de sport qui a décidé de venir faire ces stages pratiques dans sa ville natal de Jama avec les enfants traumatisés, m’ont particulièrement touchés et donner espoir pour cette belle population de Manabí, d’humeur tranquille et humble, produisant les meilleurs crevettes que j’ai goûtées dans ma petite vie.

Merci à Clowns Without Borders USA, Global Smile et la préfecture de Guayas pour sa coordination, soutien et logistique.
Et Merci à mes compagnons de rire, au grand coeur, Julia, Gabi, Andrés et Javier!!!!

Because laugh is the shortest distance between two people, and more…

Erwan for CWB

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